De la Terre cuite aux vers crus



Des vers crus dans la terre cuite


A tous les champignophiles de :  -  Champagnier
                                                       -  Champagnole
                                                   -  Champagny
                                                      -  Champaubert
                                                    -  Champcella
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                                                    -  Champillon
                                                -  Champis

Etc. On en oublie toujours !

                                   Mais aussi :    -  Asque (65130)
                                                             -  Asques (33240)
                                                                   -  Bonnemain (35270)
                                                                    -  Chanterelle (15190)
                                                             -  Girolles (45120)
                                                                   -  L'Aiguillon (09300)
                                                               -  L'Ecaille (08300)
                                                             -  Le Poil (04270)
                                                                            -  La Ronde (elles sont 3 !)
                                                                     -  La Vineuse  (71250)

Pas de jumelage envisagé  à ce jour avec les ACCA de :

                                                                      -  La Bouteille (02140)
                                                               -  Le Broc (06510)
                                                                   -  Le Cellier (44850)
                                                                 -  L'Ecluse (66400)

           Et éventuellement, pour finir ...     -  Bonrepos (65330)
                                                                  -  L'Hôpital (57490)
                                                                       -  Le Reposoir (74300)
                                                                      -  Le Cercueil (81500)


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Puisque le champignon est d'abord souterrain
Pour fructifier ensuite
et engraisser des vers,
Je vais les évoquer tout comme un fait divers,
Mais prends garde amateur, glissant est mon terrain ...

Dans le bois, nez en l'air, m'en étant promené,
Des champis du terreau tout véreux j'ai glané.
Comment vouliez-vous donc farcis de tous ces vers
Que mes pieds marchent droit sans aller de travers ?


Quand la forêt prend feu, que l'automne rougit,
Après que son sous-bois a bu des cubis d'eau
Soudain après l'ondée le champignon surgit
Secoué par le bas d'alibi libido.
Mais quand la mouche y pond et que le ver s'en mêle,
Que l'an vire à l'hiver et que le ver s'y pèle,
Adieu le bolet beau et gentils mousserons,
La trompette en sourdine et dame craterelle :
Rabougris, moribonds, déconfits, pêle-mêle,
En moins de deux assauts ceux-ci tout mous seront !


Afin de restaurer les outrages du temps
Et fêter bienvenue aux mitrés morillons,
Pour tricoter de vert un coloré printemps
Le mélèze a pointé ses nouveaux aiguillons.

Un maillon à l'endroit c'est pour toi la gironde,
Un crochet par la lune qui met le givre aux vitres,
Un maillon à l'hiver c'est pour toi jolie ronde
Et pour vous deux la brune et toi le gyromitre.

Pas découvert d'un fil, deux ou trois dés de pluie
Pour que le ramillon ne s'aille pas en vrilles,
Des bouts de giboulées pour un contrat rempli,
Avril remet la couche : un divan de morilles.

Des tas pour cuisiner il t'en faudra, d'autant
Que leurs tuyaux percés, c'est du vent ces morilles.
Au surplus d'héberger de curieux habitants
Nettoie-les à grands seaux sinon gare aux... limaces ! (1)

(1)   Votre auteur-serviteur aurait pu écrire « gare aux... chenilles ».
      La rime, flirtant dare-dare avec morilles eut été plus riche, mais
      la réalité, comme une soupe à la grimace, un peu chiche.


Tout au flanc des talus sur les sentiers des bois,
D'entre le vermoulu, blanc, dodu, petit, rond,
Il singera par cents l'herbage en ligne, en rond,
Autour de la St-Georges, ce minotier des rois.

Pour bien identifier, monsieur, ce champignon,
Il sera de bon ton d'ouvrir grand sa narine.
Sorti droit du moulin, il sent bon la farine :
Dorez-le seul au beurre, nenni ail ou oignon.

Mettez un peu de crème, montez le sabayon,
Fouettez-moi tout ceci au fond de la bassine,
Reniflez ce parfum montant de la cuisine !
Vous ai-je fait baver du bout de mon crayon ?

Avec un automnal qui, sans lui ressembler,
Pourrait par son sentir quelque bleu déranger,
Bien que la confusion serait sans grand danger,
On s'est cassé les dents sur ces odeurs d'emblée !

Je vous le dis en face c'est bien un clitopile
Qui n'a rien d'un pruneau malgré son nom latin.
Mirez-donc son dessous couperosé de teint,
Son tout petit défaut est d'être un grand fragile !

Post scriptum. Attention ! Ce n'est pas qu'à l'odeur
Qu'on mettra un taxon sur le nouveau venu,
L'expérience à la science n'a rien d'un jeu ténu
Où devra se rôder tout néo-maraudeur !


Joli mai revoilà et râ dore ses  rayons,
Dans le sous-bois fleuri jaunit la chanterelle,
Pépite de printemps dont naissent les querelles :
Des orpailleurs, pour moins, ont crêpé des chignons !

Des  pilleurs d'or des bois, quelle que soit la région,
Il en sort de partout les osiers bien remplis.
Beau tapis flavescent ne saurait faire long pli :
La girolle au printemps est une religion !

Du traqueur de la belle au fouineur forcené,
Le premier se mettant dans un état second,
Le second pour ses coins est coincé sur ses gonds :
Jamais ne tirerez le moindre ver du nez !


D'annoncer le printemps n'ayant eu la primeur
De son cousin de mars assez souillé de suie
Qui tape les trois coups du théâtre qui suit
Au travers de ces vers je le remets à l'heure

D'inspirer les poètes n'ayant eu le bonheur
De son heureux cousin tenant du privilège
C'est un retardataire qui annonce la neige
Au travers de ces vers je lui rends les honneurs

Au feu de la palette n'ayant pas la couleur
De ses cousins ponceau vermillon ou carmin
Vers lui je me plierai pour lui tendre la main
Au travers de ces vers  je le prends sans douleur

Planté là dans le pré on le voit sans effort
Quand le nez de novembre se pointe d'aventure
Tel un gros abricot issu de la pâture
C'est un dessert des yeux cet orange hygrophore.


De beaucoup d'armillaires et bien moins que demain
D'aucuns en reviendront sur les dits comestibles,
Qu'on évitera donc et toujours si possible
De consommer au plus sur les doigts de la main.

Prenons le nébuleux, petit gris pour les uns :
Son goût me fait gerber au propre et figuré.
Certains sans gamberger se jettent à la curée,
Ne comptez pas sur moi pour en venir aux mains.

Tu nous a bien déçus, canari faux-jeton :
Depuis mille ans et plus tu habitais nos cœurs,
Et soudain tu nous tues mon salaud, arnaqueur !
C'est pourtant à regrets que nous te rejetons.

Le lactaire, quant à lui, admettons-le au moins,
Même s'il est déplacé d'en faire tout un plat,
N'a rien d'un assassin, mettons les choses à plat :
S'il n'est pas délicieux n'a pas de sang aux mains !


Avec ses  idées noires pleurant de la lamelle
Le vieux coprin se meurt au bout de son chemin.
Personne n'a voulu le prendre par la main,
Il ne finira pas au fond de la gamelle.

Entouré de gamins, toute une ribambelle,
Le vieux coprin s'affaisse  mollement vers la mort.
Il n'a pas de regrets, il n'a pas de remords,
Avec ses  idées noires pleurant de la lamelle.

Il sait bien qu'après lui, d'une poussée rebelle,
Sous une couette neuve viendra écervelée
La génération rose à mèche échevelée
Qui finira peut-être au fond de la gamelle.

Tel est le sort d'anciens que la camarde appelle,
Il faut que la roue tourne et j'ôte mon chapeau.
Sous ceux des vieux croulants coule une encre nouvelle :
C'est grâce aux champignons que les bois sont si beaux !


Il est des solitaires sur leur sort repliés,
D'autres font des lésions le long des troncs, en bottes,
Ou sont encore légions tout comme ces pholiotes
Qui s'allient à l'assaut sur le droit peuplier.

NDA :  La question est posée :
            A qui donc ça profite ?
            La réponse est aisée :
            Tiens donc, aux saprophytes !



L'or noir du Périgord est-il un champignon ?
Il plastronne aux menus visités des fourrures,
Des diamants assortis  à de grosses  voitures.
Son parfum se rapproche d'icelui du pognon !

Mais au moins il en a que n'a pas sa cousine.
Partager la baguette ? Tu rêves chère chinoise !
Tu as le nez tordu ou tu nous cherches noise ?
Oublie le débouché et reste en ta cuisine...

Peut-être à la rigueur prenons la mandarine,
Mais dans tous ses quartiers il y a des pépins.
Faut-il y rajouter la Tuber de Pékin ?
Gardons l'oeil débridé, gare à vous mandarins !


Voici modestement le petit charbonnier
Au béret de gros plomb comme au plus sombre ciel.
Ce noirci ramoneur que l'on dit prétentieux,
Est un peu de bonheur tout au fond du panier.

Son cousin le grisé  connu des culs-terreux
Au cutter se déterre ou par poignées de mains.
Le béotien aussi prend avec lui son pied
S'il ne le confond pas avec le « panthéreux » (1)

(1) Le Tricholome tigré  (Tricholoma pardinum) est un grand prédateur
  d' étourdis qui font déborder les  services d'urgences.



Cet enfant de crottin n'est plus à plaisanter :
Il n'a rien de Bretagne malgré son chapeau rond,
Et s'il est parigot ce n'est que par le nom
Qui lui colle au croupion de par le monde entier.

Le champignon est dur, surtout pas de trempette
Qui le transformerait mollet comme une éponge,
Il est déjà plein d'eau, ne mouillez pas la fonge !
Notez bien le détail et pas d'entourloupette...

Galurin retourné, amputez sa gambette,
C'est un terrain béni pour les plus fins farceurs :
Mettez-en nom de Dieu ! sans oublier le beurre,
C'est la meilleure façon de faire des galipettes (1).

Si vous n'étiez, madame, déjà sur votre assise,
Sur le cul vous iriez tant son fumet sent bon...
Plus nourrissante encore que le fumé jambon,
La galipette à point vaut quatre ou cinq saucisses !

(1)   Egalement connue sous le nom de « galipède », désigne en Anjou
un gros chapeau grillé ou farci. La plus grosse  production
du champignon de Paris vient de sa banlieue sud-ouest, le Maine-et- Loire.
Si vous en trouvez avec des ampoules aux pieds, demandez le chef de rayon.


Dans ton pré mon voisin, imbibé de rosée,
Au milieu des crottins j'ai trouvé des rosés.

Tu ne me diras rien ? En effet j'ai osé
Les cueillir pour les frire, tu en as la nausée !

Contre un bon verre de blanc ou un jaune anisé,
Avec moi mon voisin, veux-tu les arroser ?

Je te mets un glaçon et te laisse doser,
L'anisette est pour moi, merci pour les rosés.



source image : duboisyves.free.fr

Il vous cloue l’oreille en ouvrant le bec
Tout petit oiseau dans si peu de poids
Un nain des fagots et de tout bois sec
Qu’on entend souvent bien plus qu’on ne voit

La voix est un trille long et monocorde
Au timbre rageur de qui se rebelle
Cette vocalise lancée par ses cordes
Est après le coq une des si belles

C’est un excité toujours va-t-en guerre
Au rythme de vie loin des indolents
La queue redressée raide et à l’équerre

Lui fait ce profil limite insolent

Il vous cloue le bec en ouvrant le sien
Compagnon des bois, nabot dit mignon
Oui c’est bien le nain des lilliputiens

Qui fait se terrer jusqu’aux champignons !


Un brimborion de rien entre deux congénères
Qui se ressemblent tant qu'on les prend pour des frères,
De ce je-ne-sais-quoi qui voit monter le doute,
Le torchon est brûlant du potage à l'absoute...

Un petit rien du tout entre ces deux faux-frères
Qui sont si ressemblants à vous chauffer les nerfs,
Est-ce toi la pholiote qu'on dit née pour la soupe
Ou bien toi la galère et ton glas dans la soute ?

Un petit rien du tout entre ces deux commères
Et te voilà transi à la droite du Père !
Regarde-les sept fois jusqu'à ce que tu louches,
L'une a l'humeur changeante et l'autre est d'humour louche !

Un petit rien de trop entre ces deux compères
L'air de rien ce serait pour ce rien la galère,
Qu'on ne confondra pas, tous deux venant sur souche,
L'un te sert de linceul et l'autre par la louche !

Un petit rien du tout, un gentil somnifère
Un aller sans retour du côté de l'enfer,
Tu dormirais longtemps sans recours à la mouche
A baigner dans ton jus, fertiliser la couche !

Ce brimborion de rien d'un des deux, délétère,
Un petit pas trop loin et te voilà sous terre.
Réfléchis à deux fois avant d'ouvrir la bouche
Et ne va pas pleurer si trop froide est la douche !


De ma terre à ces vers il fallait une fin ;
J'espère que sur la mienne vous n'allez pas pester.
(J'en ai concocté une en guise de matefaim)
Et que de longs amis nous allons bien rester...

« Si le public en veut, je les sors dare-dare,
S'il n'en veut pas je les remets dans ma guitare »
(G.Brassens. Trompettes de la renommée)

Les champignons vendus ne valent pas grand chose,
Celui qui les monnaie est un foutu vaurien.
Au compagnon bredouille qui, lui, ne trouve rien,
Les champignons se donnent comme un bouquet de roses.

Pour ne pas s'encombrer, je parle au convaincu
Qui culbute à tout-va ce qu'il ne connaît pas,
Disons qu'un bon bouquin n'est jamais qu'à deux pas :
C'est lui qui le mérite ce coup de pied au cul !

Va t'on le ressortir le fusil des fagots
Pour des coprins qui coulent et puis quelques girolles
Comme si  l' on avait entamé un magot
De ces deux coulemelles et ces trois vesses  molles ?

Doit-on pour en finir se voir servir des gnons,
Du propos vénéneux à l'insulte aigrelette,
D'avoir osé trousser pour quelques champignons
Le bois qui est la clef (ou clé) de l'omelette ?

Je vous parie mes dents que dans moins de vingt ans
Pourraient bien le connaître, ceux qui naîtront demain
Quand ils liront penauds, le panier à la main,
Le panneau menaçant : Interdit en tout temps !

« … Il ne faut pas se leurrer. Le développement du tourisme en milieu
rural ne fera qu'aggraver les incidents entre ramasseurs de champignons,
chasseurs et population locale »
(Conférence Annuelle des Fédérations et Associations Mycologiques. 2005).

NDA.
Comprenez : « La balle perdue qui vient de vous offrir un troisième œil  s'appellera incident dans le milieu mycologique pour ne pas mettre de l'huile sous le coude brûlant de l'actualité en arrondissant les angles aux quatre coins de l'hexagone afin que tout ce petit monde ne se crêpe le sparassis... ».


source : animatedgifs

J. Frier, 14 février (St-Valentin & Colimaçons) 2012 (Année des bouses).